• Le coin des invités : Réveil en beauté par Audrey

     

    Parmi les pionniers du punk, les Damned restent ceux qu’on oublie le plus facilement ou qu’on prend le plus à la légère. Il faut dire que ce sont eux qui ont le plus donné dans la farce et parfois le grand n’importe quoi. Pourtant, ce groupe mérite nettement mieux que la place qu’on lui laisse, ne serait-ce pour ses jubilatoires premiers singles et la petite merveille qu’est l’album Machine Gun Etiquette. Un groupe avec une histoire que je trouve assez croustillante, surtout quand on y découvre de près ou de loin le titre un peu précurseur du rap Whut avec le Captain Sensible et le voisinage de Messire Lemmy Kilmister himself. 

    Sauf que je n’ai pas choisi le Groupe pour vous parler de ce que l’histoire a finalement tendance à retenir de lui mais pour le titre Curtain Call. En soi, autant vous le dire tout de suite, c’est un peu le morceau blasphématoire du punk ou, si vous préférez une terminologie plus kantienne, son antinomie musicale de la raison pure. D’ailleurs, on pourrait qualifier le morceau de « punk progressif ». Il n’y a qu’à voir la durée de la chanson… 17mn ! Avec ça, on n’est plus du tout dans le format punk made in Ramones où tout état dit en 2mn30s maxi. 

     

    D’ailleurs -et ce n’est sans doute pas une coïncidence puisque Nick Mason avait produit leur second album- la chanson est construite sur la même structure que Echoes de Pink Floyd. Une première partie qui met en place une mélodie. Puis, une longue séquence instrumentale minimaliste, un peu dissonante (et, dans les deux cas, avouons-le, assez chiante). Enfin, une reprise du thème de départ, avec une ampleur plus forte. Reste qu’elle ne dure que 17mn contre 26mn… Et qu’elle speede nettement plus !  Or, malgré cette longueur et ce côté très prog de la structure, les Damned arrivent bizarrement à y garder une hargne typiquement punk, mais en montrant cette fois qu’ils savent vraiment jouer. 

     

    Dans ce morceau, plusieurs choses me touchent particulièrement. 

     

    D’abord, j’aime bien en soi la dynamique de la mélodie, qui arrive à devenir renversante quand le piano émerge. C’est vraiment un morceau entrée-plat-dessert. On a de la pop, du punk, du prog, du calme, du mélodieux, du dissonant, du décibel et même davantage… Et je vous jure que je ne mens pas ! 

     

    Ensuite, je trouve le chant de Dave Vanian des plus troublants. La chanson semble avoir été écrite un ton trop bas par rapport à sa voix de baryton et il y a ce passage où elle doit monter au maximum de ses capacités jusqu’à flirter avec la fausseté dissonante et à en devenir émouvante, comme si le chant en devenait douloureux (et donc terriblement humain). 

     

    Enfin, ce que j’aime par-dessus tout et dont je ne me lasse jamais, c’est la manière dont le morceau repart après le break instrumental au violon électrique. Notamment avec le jeu du batteur qui crée une subtile tension et qui nous frustre en faisant mine de refuser de donner la cadence qu’on attend. Et c’est encore plus net quand on connait par cœur le morceau. On veut le sentir emballer à nouveau ce morceau, surtout après cette longue plage un peu ennuyante. Et le pire, c’est que c’est bon d’attendre. Parce qu’on pressent à venir quelque chose d’orgasmique et que cette attente et cette frustration nous rendent encore plus disponibles pour capituler au plaisir que va nous redonner la chanson. 

     

    Donc on attend, on attend. On attend quoi ? L’explosion, l’apothéose du morceau. Et d’un coup, la batterie repart à l’assaut et les guitares s’emballent avec une agressivité et une puissance renouvelées. En plus fort. En plus beau. Tellement qu’on ne veut plus que ça s’arrête. C’est simple, quand Curtain Call se termine, je me le repasse toujours au moins une deuxième fois (bon, en accélérant/sautant un peu sur la partie violon). Ou comment passer une demi-heure en fermant les yeux sans sentir le temps passer. 

     

    Et l’idéal, si vous le pouvez, c’est de trouver une version live. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai d’abord découvert ce morceau (enregistré sur une cassette sur un passage radio de je ne sais où). Pourquoi ? Parce que le groupe raccourcit avantageusement la plage instrumentale. Seulement, le son ne dégagera peut-être pas la toute puissante et somptueuse richesse obtenue dans le studio. Mais si vous en détenez une version en concert qui allie cette qualité d’énergie sonique avec leur concision live, alors je la prends immédiatement !!!

     

    Pour écouter ce titre au calme, ce n'est pas loin... Curtain call

     

    Merci à Audrey pour son texte. Et vous? C'est pour quand le vôtre?

    That's all folks! 

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  • Commentaires

    1
    Arewenotmen?
    Dimanche 4 Juin à 09:53
    Il st vrai qu'au vu de son premier album (que j'ai toujours beaucoup apprécié), on ne donnait pas cher de la peau de ce groupe, qui aura étonné par don inventivité et son énergie. Are we really going out with them ? Oui et plutôt deux fois qu'une !
      • Arewenotmen?
        Dimanche 4 Juin à 15:11
        Et merci à Audrey de nous le rappeler !
    2
    Dimanche 4 Juin à 11:47

    Je connais peu The Damned: j'ai un live un peu pourrave à moitié bootleg et un 45T avec une reprise de "Help" à damner un saint! ça j'adore! ainsi que le signe "New rose" comme le label...

    3
    dado
    Dimanche 4 Juin à 14:11

    Blood & Guts, quelle prose Audrey, merci. Damned, je suis refait. Super morceau que le groupe n'hésite toujours pas à interpréter sur scène. Ci-dessous la version pour leur 35th Anniversary Tour Live in Concert (2CD-2012): http://www99.zippyshare.com/v/J5XnUEnP/file.html

    4
    Gil
    Dimanche 4 Juin à 14:25

    Après The Saints (et Ed) , coup de cœur pour the Damned. On a des points communs, Audrey.... je crois que je suis un peu plus concis et synthétique, mais pas si sûr. Ah, passion quand tu nous tiens. Merci pour ce post enflammé, mais avec flamme contenue.

    Pour moi, les Damned, c'est un peu bizarre; j'aime beaucoup quand j'écoute - depuis leurs débuts - mais j'ai du mal à retenir les mélodies et encore plus les titres des morceaux, c'est grave, docteur? Suis-je le seul?

    5
    Audrey
    Lundi 5 Juin à 07:46

    Merci à tous.

    @Arewenotmen: Je ne m'attendais pas à te voir sur les Damned. Tu as raison, c'est un groupe qui a su se renouveler. Je suppose que pour certains il s'est très vite perdu, mais moi, je trouve qu'il a su montrer une véritable passion pour la musique, à travers leurs reprises notamment.

    Mais je pense que cela vient aussi du fait qu'ils étaient les plus Clown de la bande et que le Rock aime se prendre au sérieux. Ce qui fait que dès qu'un groupe s'amuse, on ne le prend jamais au sérieux. La Liste est longue: Les Pogues, Madness, Badfinger, etc.

     

    @Fracas: Je n'ai pas encore complètement fait le tour de ce groupe. Il existe d'ailleurs une excellente compilation (une double de mémoire). Mais elle n'est pas exhaustive car il y a quelques trous. Mais si tu te la procures et que tu écoutes leur premier méfait et Machine Gun Etiquette, tu auras déjà un bon aperçu de ce que ce groupe avait dans le ventre.

    Je crois que tu aimes les Lords of the New Chruch? Tu sais que l'un des membres, Brian James, a quasiment entièrement écrit leur premier album. Un groupe avec un histoire passionnante, je te dis!

     

    @Dado: Pour tout te dire, ce n'est pas l'un de mes morceaux préférés. Si je devais en donner un, ce serait sans doute Plan 9 Channel 7.

     

    @Gil: Si tu ne retiens pas les mélodies et que tu y reviens toujours, cela veut dire que tu ne t'en lasses jamais. (ou que tu ne les écoutes pas assez ^-^ ). Ce ne sont pas les plus grands mélodistes qui soient, mais ils savent donner de l'énergie quand ils en trouvent une. Ce que j'aime dans ce groupe, c'est qu'on sent qu'il contient plusieurs personnalité qui le font avancer. Je trouve d'ailleurs que le batteur est vraiment bon.

      • Lundi 5 Juin à 08:49

        Encore merci Audrey pour ton commentaire. Je savais pour Brian James. Il a une discographie solo pas indispensable d'ailleurs mais intéressante à écouter.

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